En hommage à Georges Wouters alias "Papounet"

Publié le 5 Janvier 2014

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PALEONTOLOGUES A HABAY-LA-VIEILLE AMATEUR MAIS PASSIONNE, LE CRL

BODEUX,JEAN-LUC

Page 21

Jeudi 4 avril 1996

Paléontologues

à Habay-la-Vieille

Quelle liaison entre les premiers mammifères apparus en Lorraine et l'autoroute E 411 ? Des paléontologues !

Dès ce lundi, l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique va entamer un chantier de fouilles paléontologiques aux abords de l'E 411, à hauteur de Habay. Elles font suite à un chantier initié voici 12 ans, lors de la construction de l'autoroute. Georges Wouters, un policier bruxellois retraité, passionné par la paléontologie, se rendit compte de l'intérêt du site.

En 1975, il avait trouvé une dent de reptile mammalien à Saint-Nicolas de Port (Nancy), donnant le départ à une recherche incessante sur l'origine des mammifères en Lorraine. Avec quelques chercheurs amateurs, tout aussi mordus, il créa l'ASBL «Centre de recherches lorraines» (CRL). Les contacts se sont ensuite intensifiés avec des professionnels du CNRS-Paris et des scientifiques allemands. Leurs investigations ne se sont pas arrêtées à Habay. L'ASBL découvrit ensuite un «gisement» à Grendel (Attert), ainsi qu'à Medernach et Syren au Grand-Duché.

L'attention de ces «amateurs» porte sur une ère géologique précise, le rhétien - 210 millions d'années. Cette période coïncide avec la naissance des premiers mammifères qui succèdent aux reptiles mammaliens. Il s'agit de mammifères primitifs de la taille d'une musaraigne, qui vécurent des millions d'années à l'ombre des dinosaures, avant de se répandre au tertiaire en centaines d'espèces. Mais pour retrouver leurs traces, les chercheurs doivent avoir une patience d'ange.

Après avoir effectué des coupes de reconnaissance qui permettent à un oeil averti de juger l'âge et l'intérêt des couches géologiques, la fouille peut commencer. Le début d'un très long travail, explique le Dr Delsate, un actif du CRL. Les dents de ces mammifères sont en effet minuscules. Il faut tamiser des centaines de kilos de sédiments, puis concentrer les fractions intéressantes par des techniques chimiques, avant de trier au microscope. A Habay, M. Wouters retrouva seulement trois dents fossilisées de mammifère, parmi des centaines de dents de poissons pulmonés, de requins et phytosaures.

Grâce à ces recherches, on peut mieux connaître la transition entre l'ère des reptiles et des mammifères, mais aussi l'évolution des territoires. Cette région était ainsi recouverte par la mer ou par des deltas de fleuves qui ont apporté des sédiments du continent. Chaque fouille donne des éléments complémentaires, que l'on met en liaison avec d'autres trouvailles par le biais de publications scientifiques, note M. Delsate.

Durant un mois, sous l'égide de M. Godefroit, attaché à l'IRSNB, les travaux vont reprendre aux abords de l'E 411, à Nantimont, avec la collaboration du CRL et de l'ASBL ARC Habay qui réalise depuis des années des fouilles archéologiques dans cette commune. Les matériaux récoltés seront ensuite minutieusement étudiés à Bruxelles.

JEAN-LUC BODEUX

Amateur, mais passionné, le «CRL»

L'ASBL Centre de recherches lorraines est née de la rencontre de chercheurs amateurs. Passionnés et sérieux, ils entrèrent en contact avec des professionnels. Il s'agissait de G. Wouters, un policier retraité bruxellois, du Dr Delsatte (Aubange), du radiologue P. Coupatez et d'un militaire de Ethe, J.-C. Lepage. Le grand intérêt des trouvailles effectuées à Habay - après Nancy, un gisement qualifié d'extraordinaire par les spécialistes - conforta ces chercheurs dans l'idée de créer une ASBL, dans une région peu fouillée par les scientifiques. Depuis lors, M. Lepage et Wouters sont décédés, mais ils ont laissé des traces de leur travail. Par exemple, une des dents trouvées à Habay, la première d'un mammifère du mésozoïque belge, porte un de leurs noms : thomasia woutersi.

Aujourd'hui, l'ASBL fonctionne avec une centaine de membres, avec 4-5 actifs. Le siège de celle-ci se situe dans l'ancienne gare d'Ethe-Buzenol, où les trouvailles de la grande Lorraine (paléontologie, minéralogie) sont analysées patiemment.

L'ASBL s'inquiète toutefois de son devenir. La commune de Virton a décidé de rénover l'étage de l'ancienne gare, pour les sans-abri. Mais l'échevin Laroche se veut rassurant : Si l'association signale son intérêt pour le rez-de-chaussée, elle sera prioritaire. Une convention d'occupation sera alors signée entre les deux parties.

J.-L. B.

Rédigé par Jean-Baptiste Dumont

Publié dans #Histoire de Vignamont

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